Vanuatu, Tanna

 



Nous atterrissons en fin d'après midi. Il fait déjà nuit et presque froid. Notre hôtel est tristounet et la zone dans laquelle il se trouve un peu excentré. Pas grave, nous n'y sommes que pour la nuit, dès demain nous repartons pour Tanna,  île la plus au sud sur laquelle nous allons passer une semaine et qui marquera vraiment notre entrée dans le pays.

Nous savons que les premiers jours dans un pays sont le plus souvent décevant. Le temps de comprendre comment ça fonctionne, d'arriver à interpréter les réactions des gens, bref, de remplacer ce que l'on a imaginé par ce qui est réellement.

Les Vanuatu n'échappent pas à cette tendance. Nous arrivons à Lenakel sous un temps grisouille, il tombe quelques averses de temps à autre. Il ne fait pas très chaud et des doutes commencent à planer sur nos envies de snorkelling.

On traverse l'île sur un pick-up pour rejoindre notre homestay. La route nous offre au détour d'un virage une vue plongeante sur le volcan. Un énorme panache de fumée épaisse s'en dégage et vient densifier le plafond nuageux. L'île prend un aspect austère et impressionnant, d'autant que les traces de deux cyclones et d'un tremblement de terre deux mois plus tôt sont omniprésentes sur les pistes, la végétation et les habitations que nous croisons.


Heureusement nous sommes très bien accueillis dans notre homestay. Situé dans un petit hameau, des enfants courent partout et le sable noir du sol attire les nôtres pour divers jeux. Nos deux bungalows sont plein de charmes.

Pour nôtre arrivée, Neti a préparé un "lap lap", préparation à base de taro et de noix de coco cuite dans des feuilles de bananiers sous un lit de pierres chaudes.





Au lever, le temps n'est pas meilleur mais on se lance dans une balade à pieds qui en une heure doit nous conduire "au lac", plaine de cendre et de lave refroidie au pied du volcan. La vue y est magnifique. La fine pluie qui s'est installée donne un aspect encore plus dramatique au lieu et renforce la couleur noire du sol.



Après un pique-nique sous les palmiers (pour s'abriter de la pluie) nous n'y résistons pas. On se lance dans l'ascension du volcan. On l'attaque par le côté gauche. On vise le col encore verdoyant. Longer la bordure des cendres nous rassure. Nous nous disons que si elles survivent, ce devrait être notre cas aussi. Nous n'avons aucune information sur les risques et si cela est autorisé de monter là sans guide. Arrivés au col, les détonations et les bruits de la lave qui retombent sont impressionnants. Devant nous, il ne reste qu'une centaine de mètres pour atteindre le bord de la caldeira. Après quelques hésitation, nous décidons de battre en retraite. Le premier contact avec le monstre était déjà palpitant.

 Nous avons prévu d'aller faire de la pirogue à balancier avec Malakaī. Nous nous retrouvons sous un ciel gris, sur une plage de sable noir battue par les vagues de la marée haute ! Nous ne sommes donc pas très vaillants à l'idée de nous aventurer sur l'eau. Les bateaux sont entièrement construit par Malakaī et sa famille. Pas un bout de plastique ou de métal, pas même un bout de ficelle, tout est naturel !


Nous nous élançons donc au milieu des vagues, pas très rassurés notamment dans la pirogue où se trouve Siloée ! Mais les embarcations se comportent incroyablement bien et se montrent d'une grande stabilité. Nous sommes néanmoins surpris lorsqu'on voit Malakai sauter à l'eau et laisser Gédéon gérer sa pirogue tout seul. Vraiment stable car il y a tout de même de belles vagues ! Dire que Malakai passe la barrière de corail et fait douze kilomètres en mer pour pêcher!!





Nous sommes le quinze, donc l'anniversaire de Gédéon. Pour fêter ça dignement et de manière indélébile, nous allons ce soir monter sur un énorme gâteau au chocolat avec la plus grosse des bougies ! Et c'est époustouflant. En haut du volcan, le spectacle est là, très proche ! Pas de barrières, une poignée d'autres touristes et 100 mètres plus bas la lave. Parfois, en voyage, les photos exagèrent la beauté d'un lieu en sortant du cadre tout ce qui n'est pas beau. Parfois, nous ne sommes pas assez bons pour qu'elles retranscrivent le moment. 
Et là, c'est le cas. La lave qui jaillit et monte quasiment à notre hauteur dans des grondements et des explosions assourdissantes. La lumière qui s'en dégage en éclairant la nuit et les nuages de souffre... On ne s'en lasse pas. Comme un feu de camp géant. Toute la puissance de la terre qui fait vibrer nos pieds ! Nous aurions pu y passer des heures. Mais bon, Gédéon n'ayant plus de souffle et la bougie grondant malgré tout de plus en plus fort, il a bien fallu redescendre...









Premier jour de beau temps. Le soleil ne nous boude plus ! Ça tombe bien, c'est le jour que nous avions choisis pour aller se baigner dans les sources d'eau chaudes du volcan. Nous nous y rendons à pieds. Là bas, encore plus qu'ailleurs, les traces des cyclones et du tremblement de terre sont visibles. Les piscines aménagées ont elles aussi été emportées. Mais on se baigne directement dans la rivière qui se mélange à l'eau chaude. Il y a beaucoup de gens et d'enfants du village qui jouent et pêchent  autour de nous. Comment font ils pour vivre juste sous ce volcan si menacant ?










Le beau temps s'étant installé, nous profiterons à nouveau de la plage et des pirogues avant de refaire la rando et la montée, cette fois complète, jusqu'au volcan. De jour, le spectacle est complètement différent, les fumées prenant le dessus sur les gerbes de lave.









Nous conclurons notre semaine à Tanna par une visite d'un village avec tenues et danses traditionnelles avant d'embarquer après une très longue attente sur le ferry. 






Ambiance très roots à bord mais très conviviale avec les ni va, curieux et amusés de voir des français de France dans leur pays (les autres francophones venant surtout de Nouvelle Calédonie).











Retour sur Brisbane

 Le vélo terminé, il nous faut retourner sur Brisbane. Pierre descend donc en bus récupérer une voiture de location avant que nous nous attaquions à 1900 km d'asphalte. Nous pensions rouler une nuit en nous relayant, mais les choses ne sont pas si simple ! La voiture n'a pas de pare buffle, et une fois la nuit tombée, les kangourous aiment traverser dans les phares. Les sangliers de chez nous en quelque sorte, mais en beaucoup, beaucoup plus nombreux.

On commence donc par une randonnée dans alligator gorge qui se trouve juste à côté du magasin de vélo qui a accepté de redescendre gracieusement les vélos sur Brisbane ( un grand merci à eux ).

Les gorges sont très jolies, avec des arbres et des rochers presque de la même couleur, mélange de gris et d'orange. Un beau petit bol d'air avant de s'enfermer dans la voiture.



La conduite est stressante, toujours à l'affût du reflet jaune des phares dans les yeux des kangourous. Rapidement on emboîte le pas d'un "road train" qui sont les véhicules les plus rapides sur ces routes équivalentes à nos nationales. Eux foncent à 110km/h, sans freiner en cas d'animaux sur la route. Les gros pare-buffles qui ornent l'avant de ces mastodontes prends alors tout son sens. 

On passe donc quelques heures coller à leur derrière histoire d'avancer un maximum. Quand la fatigue arrive, il n'y a qu'à poser le bivouac sur une des aires de repos.


Ici, l'Australie est vide, pelée. On ne croise presque personne, juste une poignée de petites villes sur les 1500 premiers kilomètres. On fera une petite pause pour observer une immense mine d'or, et c'est tout. On n'a fait que rouler... On aurait imaginé un calvaire. Mais non. Les enfants sont tellement fatigués qu'ils semblent contents de passer la journée dans une voiture. Dessins animés, coloriages, chansons.... Enfin tranquilles pensent ils visiblement😄


Quelques autres petits stops, un bivouac de plus au bord de la route et nous voilà au départ d'une nouvelle petite rando. On marche au milieu d'une forêt semi tropicale ! La transition est brutale et amusante. On fait 1600km de désert pelé et monotone (ça a son charme), et on finit sur la chaîne de montagne qui arrête tous les nuages venus de l'océan.




Il ne nous reste plus qu'à faire notre dernier bivouac dans un champ où on prépare les sacs que l'on laisse en Australie, et surtout ceux avec des affaires pour les pays chauds...

A nous les îles !!

Rouler sous le soleil

Après une bonne nuit,  on se lève avec le soleil ! On va enfin pouvoir pédaler au chaud... Direction Melrose en deux étapes. Deux belles surprises nous attendent sur le chemin. On en avait bien besoin, les enfants ayant une baisse de motivation. On ne roule plus sur le Mawson trail, mais un autre parcours cyclable tracé sur une ancienne voie de chemin de fer qui est parallèle et sans boue. On croise d'abord un mini zoo où on peut se balader au milieu des animaux. Kangourou, Émeus... et même un lama perdu bien loin de chez lui ! 



Plus loin, on va tomber sur des silos à grains inutilisés sur lesquels est peinte une magnifique et immense fresque.

Tout cela nous conduit à la nuit. On se trouve un petit bivouac près d'un lac. Le propriétaire qui passe par là viendra même nous allumer le feu ! Le sens de l'accueil Australien ! La soirée se passera à étudier les constellations du ciel Austral sans aucune pollution lumineuse.








Melrose. Enfin un jour de repos.

 Bon il se transforme en une journée de randonnée, qui plus est, décevante. Après avoir crapahuté trois heures, on se retrouve au sommet sans aucune vue sur la baie de port Pirie que l'on devine vaguement entre les branches touffues des arbres. 

Mais bon, on dort dans un bungalow, on fait des pancakes au goûter, ça régénère quand même un peu avant ce qui devait être nos deux dernières étapes pour nous conduire à Quorn.




On alterne maintenant entre le Mawson et nos propres variantes lorsqu'en se renseignant auprès des agriculteurs que l'on croise, la boue est annoncée. On ne nous y prendra pas deux fois, et il y a tellement de pistes que nous n'avons que l'embarras du choix.



Quorn. Objectif que nous nous étions fixés, fin des deux premières sections du Mawson trail (sur 3 au total !). A l'entrée des Flinders ranges. Lointain souvenir de ce parcours que nous avions fait avec Delphine il y a une vingtaine d'années. Une boucle est bouclée.

Finalement à Quorn, les trains à vapeurs et leurs ateliers de réparation ne sont pas ouverts, seul reste le son et lumière projeté sur les silos le soir. Après avoir étudié de multiples solutions, la meilleure nous paraît être de rajouter une étape jusqu'à Port Augusta pour que Pierre prenne le bus et aille récupérer une voiture de location et les bagages laissés à Adélaïde. Ces quarante derniers kilomètres se feront bien sûr pour moitié sous la pluie ! Heureusement, c'est de la descente presque tout le long. Une étape de transition, mais qui se fait avec plaisir...





450 km parcourus au final !  Sur pistes essentiellement, le rêve de tout voyageur en vélo, surtout avec enfants, loin des voitures, du bruit et du danger. Du dénivelé, toujours, au milieu de ces interminables collines, juste une météo qui aurait mérité d'être plus clémente à certains moments.